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LE FEMININ DANS LE SURREALISME

texte introductif
samedi 14 décembre 1991.
 

Nous ne souhaitons pas nous placer aujourd'hui en prolongement direct des débats féministes, ni dans la critique ponctuelle de l'évolution des mœurs et de leur pénétration dans la vie et l'organisation sociale actuelle.

Le féminin, que la conscience de l'homme s'est occulté, semble se dérober aussi devant les efforts d'une pensée féminine qui se cherche et tente de se traduire en concepts immédia¬tement utilisables dans le combat social, évitant mal un mimétisme qui lui est suggéré.

La conceptualisation abstraite, en usage, serait-elle marquée du signe masculin et, par là, impuissante à saisir le féminin autrement qu'à travers une subjectivité inhérente à sa démarche ?

Si cette conceptualisation développée par les mouvements féministes contribue à changer les relations entre hommes et femmes, ce n'est encore que de manière sous-jacente, indirecte, et qui semble bien loin de pouvoir suggérer au désir les perspectives du nouvel essor qu'il porte en lui et de créer les représentations dont l'attraction se confonde avec celle de l'amour.

Qu'en est-il de la femme passionnée toujours présente à chaque révolution ?

Qu'en est-il de l'inspiration qu'elles ont à la fois incarnée et donnée au vaste mouvement d'idées qui, depuis « les Lumières », a tenté de rendre à l'individu les forces et les pouvoirs qui lui avaient été dérobés par une religion de la débilité et de la division ?

Ce mouvement, il faut admettre qu'entre ses fulgurances et ses tâtonnements, il n'a avancé la jambe droite au plein jour qu'en prenant garde de ne s'appuyer sur la gauche que dans l'ombre.

L'homme et la femme socialement séparés, tout fut au vieux monde d'une infantile facilité. Comme celle aujourd'hui de saisir le moment où les moyens d'aliénation de l'homme comme de la femme ne passaient plus par le pouvoir de l'un sur l'autre, pour, moyen¬nant l'accord de quelques licences devenues inoffensives, récupérer le pouvoir masculin autrefois dévolu au mâle.

Reste-t-il masculin, ce pouvoir, quand repris par une abstraction concrète, le système, celui-ci déployant son exubérance médiatique, s'acharne à subtiliser tout contenu érotique, à même la croisée sexuelle où se transforment les énergies humaines au profit d'une pornographie dont on voit que la métaphore peut s'étendre à toutes les manifestations de la vie culturelle et sociale ?

Où est le masculin ?

L'homme se sent-il délivré d'un fardeau ? La femme plus près de se fonder de ce masculin désarmé ? L'homme ainsi mieux placé pour s'accorder au féminin ?

Où frappe cette crise du sensible dont l'aggravation menace de toutes parts, sinon à la source même de notre propre réalité, de nos possibilités d'agir, du sens même de la vie ? De telles questions qu'imposent tout désir, tout amour, découvrent une béance de pensée qu'a toute chance d'accuser en tout premier lieu une béance symétrique dans notre es¬prit même : l'absence de sa propre dimension féminine. Dès lors, comment réaffecter au féminin, et du même jeu au masculin, cette tension qui sans relâche, depuis le romantisme, s'est creusée de toutes les profondeurs, pour vivre et imaginer la rencontre pleine et entière de l'homme et de la femme, pour créer les conditions d'une rencontre réelle, ouvrant les plus larges voies à l'amour humain, à tout ce qui le relie au coeur des choses qui, sans lui, ne répondent que par énigmes.

Quand nous interrogeons les figures réelles ou fictives dont ces époques nous ont peuplés, et qui nous habitent pour que nous n'acceptions plus de nous arrêter à ce que nous sommes, quand nous évoquons les plus énigmatiques, les plus fascinantes ou les plus aimées d'entre elles, ne nous sentons-nous pas en puissance de connaître, bien au-delà de ce qui nous détermine, observant avec bonheur, comme quelquefois dans nos vies, que le mas¬culin et le féminin se mêlent en nous à leur gré, sans attendre notre liberté ? N'est-ce pas là "dans ce bosquet de fleurs" où "dort l'hermaphrodite" que se trouve la source et l'intelligence des bouleversements réels, intérieurs et extérieurs auxquels aspirent immémorialement nos désirs, confondus dans les profondeurs à nos nécessités immédiates et qui ne prétendent s'en distinguer qu'à l'oeuvre de l'amour pour se « réinventer » ?

Si toutes ces questions semblent tourner autour d'un corps énigmatique, elles s'adressent en premier lieu à nous-mêmes, cherchant notre plus rare réceptivité peut-être. Nous sentons qu'il nous faut conjurer nos appréhensions les plus féminines devant l'esprit d'investigation, espérant en décider quelque ouverture.

Il nous sera proposé de chercher la réponse dans la question et la nouvelle question dans la réponse.

Il nous faudra alors être aptes à jouer, à jouir comme nous ne le savons encore.

C'est dans cet esprit que Thérèse Boujon, Marie-Dominique Massoni, Thomas Mordant, Ody Saban, Daniel Vassaux et moi-même avons préparé les interventions qui vont suivre :

En ouverture, la lecture de contes pour "enfants", avec des guillemets, d'auteurs "philosophiques" et "hermétiques", également entre guillemets, nous fera reprendre le chemin qui commence à "il était une fois".

De là, à travers la forêt des images et des symboles, Marie-Dominique Massoni nous entraînera vers l'éveil d'évidences plus connues sous le nom de Belle au bois dormant. Les champignons, les fougères, les fûts, réalisations plastiques de l'imaginaire se projette¬ront diapositivement à notre rencontre.

Ensuite, les bruissements, échos et voix de la sylve se feront entendre dans un montage de cris, appels, chants et déclarations échappés de poèmes pour répondre aussi bien au désir d'égarement des uns qu'à l'impatience de se retrouver des autres.

Enfin, Thomas Mordant et Ody Saban nous inviteront aux observations qui ne peuvent se faire que dans la chambre d'échos où le féminin et le masculin se font être et existence.

(Avant le débat) Pour résumer notre orientation, nous pourrions proposer, en guise d'approche pour les débats qui vont suivre maintenant, la formule suivante : Le féminin ne peut être connu que donné. Il n'apparaît que devant ce qui est prêt à le recevoir. Objet et sujet indistinct, il est en deçà du concept, au-delà des visées.



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